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Duel au Soleil
E'rougi et L'gouchi se sont donnés rendez-vous"s'bah bekri"heure localedevant le cinéma l'A.b.c.Cette rencontre entre les deux garçons s'imposait car rien n'allait plus entre"s'hab" Mont Riant et "s'hab"la rue Daguerre.Les uns ne peuvent plus traverser le territoire des autres sans essuyer, non pas leur "kh'nouna"mais menaces, insultes et jets de pierres.Yanamarr ! Cette situation perdure depuis le fameux match qui se termina par un score fleuve et une "tikaria"mémorable sur un terrain pourtant neutre, dimanche dernier.
C'est L'gouchi qui arriva le premier. Il s'adossa à la Pink Floyd, sur un seul pied contre les grilles fermées du cinéma, les mains dans les poches vides en sifflotant " Djah rabi ya djirani" , le tube solid gold de l'a année. Il s'arrêta juste avant d'attaquer le pauvre troisième couplet, lorsqu'il vit E' rougi s'avancer vers lui. Il se redressa et lui fit face en catapultant une grosse " nekhma" qui s'éclaboussa comme une méduse dans le caniveau. E' rougi stoppa net et chiquenauda une " rafaa chema pepil " qui exécuta un triple-double salto avant-arrière pour atterrir sur les " claquettes " de L' gouchi. D'un geste précis du pied, ce dernier la retourna à l'envoyeur qui esquiva le puant projectile d'un mouvement de la tête.
Comme dans " Duel au Soleil ", les deux garçons avancent l'un vers l'autre jusqu'à ce que leurs fronts bombés et acneux se touchent. Les narines turbinent à fond et les poings serrés sont prêts à décoller.
_"Weuch kayen ?" dit E'rougi dans un grognement.
_"Balek me 'trik!" répondit L'gouchi méchamment.
Tels deux béliers soudés par les cornes, ce véritable tête-à-tête dura quelques minutes jusqu'à l'intervention d'un passant traînant une paire de "bligha"de trois à quatre pointures au-dessous qui les obligea à se décoller.
_"Ayew ! barkaw ma tedebzou !"leur lança t il en les séparant violemment tout en balançant un coup de pied dans l'air qui causa la disparition de la "bligha" droite.
Cet imprévu, ils le souhaitaient du fond de leur cœur de moineaux. Ils aiment la bagarre, mais là, tout seuls, sans les cris et le "hool" des copains, la confrontation perdait tout son charme. Les deux guerriers se regardèrent un moment et puis partirent chacun de son côté en pressant le pas.
La nouvelle fit le tour du Telemly et du Robertseau avant même que les deux chefs n'arrivent à leurs QG respectifs. La rumeur disait que la rencontre avait causé un tel attroupement que plusieurs cars de police étaient intervenus pour dégager et la situation et la circulation. Elle disait aussi que le chef de cette police étaient venus supplier les adolescents de ne pas commettre l'irréparable et de rentrer chez eux."ihellel fihoum, kho."
Très loin de démentir cette version, les deux durs brodèrent à l'infini, chacun de son côté, autour de cette histoire qui leur forgea une réputation qui n'allait plus jamais les quitter.
Amrane
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