L'Aid Essghir
Cette dernière nuit sera longue et sans sommeil. Demain c'est l'Aid Essghir. Tous les enfants mettront leurs habits neufs, et pour une fois se laverons le visage avec du "saboune".
Tôt le matin, ils iront "ikeblou" la famille et les voisins et repartirons les mains pleines de "halwa" et les poches de "sarf". Celle ou celui qui se montrera "mech'hah", finira, à leurs yeux, ligoté, bâillonné et jeté dans les insondables sous-sols des Enfers jusqu'à la fin des éternités. Ya latif 'llah yesterna !
Le défilé des mannequins en prêt-à-porter et de portes à portes est donc attendu avec impatience. Mais la nuit n'est pas finie pour les "m'kalkine".
Allongés sur un matelas dans la chambre du fond à côté de leurs trois frères et sœurs, deux enfants préparent leur plan d'attaque.
-"Demain nebda b'khalti Tounes, le "makroutt" qu'elle fait est le meilleur d'Afrique du Nord et son mari donne que des pièces de un dinar !"
-"Ana ghdoua je vais direct chez Lalla H'ssina. Elle, elle te fait rentrer, te donne une gazouza et te met du parfum sur les cheveux. Messkina elle n'a pas de mari"
-"On dit qu'elle vit avec les "rouhaniett".
-"Balek, mais c'est la plus gentille et son cœur est plus grand que la mer".
A côté de l'oreiller la chemise et le pantalon sont soigneusement posés, pliés et repassés. La paire de "sebatt j'did" brillent dans le noir. Les phares allumés d'une grosse cylindrée qui vrombit pour un long voyage. Le sommeil n'arrive toujours pas et les rêves se font à voix haute :
-"Ana ki nekber, je serais "kouach" et je goûterais toutes les "halwa" des "s'miwett" que les gens déposeront chez moi".
-"Moi je serais marchand de vêtements comme Ami Bou'lem et je mettrais deux "koustim" différents pour l'Aid.
Dehors les étoiles font des clins d'œil à la lune qui continu à les ignorer. Le sommeil finit par emporter les deux enfants vers son antre au-delà des mers et des montagnes vers un monde qui ne connaîtront jamais. Au petit matin, la passation de pouvoir entre Ramadan el Moubarek et l'Aid Essghir s'est fait sans heurts dans la discrétion et la douce fraîcheur de l'ondée et de la brise marine mélangées.
Ce dernier a l'impossible tâche de concillier les "m'chann'fine", de rapprocher les "ghodhbanine" et de gaver les ''dji'a'nine''. Cela durera sûrement deux jours mais hélas certainement pas plus.
Amrane
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